Et
voilà une belle, une très belle aventure que nous avons vécu pour le passage en
l'an 2000. Une foule de souvenirs se bouscule dans mon esprit et la vague à
l'âme ne tarde pas à m'envahir.
Samedi
11 décembre 1999, arrivée à Bombay où nous devons retrouver la machine, notre
BMW R12 avec side-car de 1939 partie un mois avant par la voie des mers. Le choc
des cultures et des civilisations. 35° alors que nous avons quitté la France
dans la grisaille d'un hiver à peine installé. Il nous faudra cinq jours , un
record dû à l'aide de Michel, pour dédouaner la moto et prendre enfin notre
véritable départ vers l'Himalaya. Des camions,
l'Inde en fabrique et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela se voit ! Il
y en a partout ! Du bruit et de la fumée d'échappement ! Chaque soir, nous
sommes noirs de crasse à l'heure où nous cherchons un abri pour la nuit. Nous
couchons dehors et il est le bienvenu, non pour la pluie (très rare à pareille
époque, soit deux jours) mais plutôt pour nous préserver de l'humidité du petit
matin.

Jean-Pierre, mon compagnon du premier mois, prend place à
ma droite dans le panier du side-car. La circulation des camions est telle en
Inde qu'il n'est pas rare de se retrouver à trois de front, en compagnie de deux
camions, sur une route capable d'accueillir deux voitures ! Moi, j'avoue
franchement que ça m'amuse mais un qui ne rigolait pas, c'est Jean-Pierre.
Disons quand même que là -bas, l'on roule à gauche et
qu'il est aux première loges lorsque l'on doit se rabattre en catastrophe pour
éviter une éventuelle collision. Avec le recul, reconnaissons que c'est vachement dangereux
!!!

Il nous faudra 11 jours et 2.200 kms pour atteindre
Katmandu, au Népal. Etre le 1er janvier 2000
dans ce lieu chargé d'émotions fut pour nous un grand moment. Pensez donc, une
BMW de 1939, sûrement la première de ce type à poser ses pneus au Népal, c'était
vraiement un rêve devenu réalité. Deux ans et demi d'efforts récompensés , deux
ans et demi à échafauder toutes sortes de solutions pour réunir la somme
nécessaire à la préparation de la machine, la fabrication de la caisse
d'expédition et à tous les problèmes administratifsÉ Et nous y sommes ! Oh, bien
sûr, il faut encore rentrer et de nombreux kilomètres nous séparent encore du
bercail, mais l'événement c'est ici qu'il s'est produit ! I noubliable !

Le soir même du 31 décembre, Jean-Pierre et
moi-même irons à Katmandu voir le film d'Eric Valli : "Himalaya". La totale, ce
lieu, ce jour, ce copain, ce film, cette machine, des années que j'attendais un
moment comme celui-là . Quand même, 42 ans, 25 ans de moto, il était temps mais
mieux vaut tard que jamais! Que d'efforts récompensés ! Pourquoi ne pas en
profiter pour remercier encore tous ceux qui nous ont aidé et épaulé dans ce
projet. A commencer par ma compagne qui a été dès le début de la fête et qui a
dû supporté toutes mes (nombreuses) sautes d'humeur au gré de mes contrariétés
(nombreuses, elles aussi !).
Jean -Pierre
devait rentrer à Paris et ce fut Bruno (Bohrer) qui le remplaça. Un moment
difficile fut celui de notre séparation. Un mois de vie commune, ça crée des
habitudes, quelque chose entre la vie de couple et le service militaire ! Eh
oui, c'est que le side-car est un lieu restreint où l'on ne peut aller l'un sans
l'autre et où chacun a forcément son boulot attitré.
Et c'est reparti !
Bruno déboulant directement de Marseille, doit s'acclimater instantanément. Nous
prenons la direction de la frontière tibétaine. Là , une piste particulièrement
difficile nous fera finalement abandonner le projet pour rejoindre l'Inde, une
fois de plus pour ma part, mais grande première pour Bruno. A Gra, ville du
Taj-Mahal, une suspension de la caisse du side rend l'âme. Elle avait déjà été
réparée précédemment. Plus moyen de réparation de fortune. Un artisan nous
répare tout çà pour moins de 30 Frs. C'est pas
beau çà ? En rentrant, je vais demander à mon fournisseur de pièces détachées de
s'aligner sur les tarifs indiens, tiens ?
Remontant vers Delhi, nous rencontrons nos premiers
éléphants de même que de nombreux dromadaires. Quel dépaysement ! C'est
absolument féerique au point que l'on est bien souvent tenté de les toucher pour
s'assurer que l'on ne rêve pas.

L'accueil est
partout extraordinaire. Une chaleur humaine qui n'a d'égal que la quantité
incroyable de gens trouvés sur notre route ou lors de nos nombreuses haltes.
Ce fut ensuite le Pakistan avec son escorte de
Police pour traverser la région du Balouchistan, jugée peu sûre par les
autorités locales. La remontée vers Quetta fut faite sous de fortes chaleurs
(40°) du Désert de Kachi. A Quetta, à l'issue de 25 jours de congés, je me
sépare de Bruno qui regagne Marseille via Karachi. Une nouvelle difficile
réparation mais également un retour épique digne d'un récit tant il fut long et
pénibleÉ Et ce même
avec le moyen soit disant moderne de locomotion qu'est l'avion (Jean-Pierre en
sait quelque chose également !). Je l'avoue, Je préférerais largement devoir
revenir par la route, même en tenant compte de ce qui
devait m'attendre.

En effet, une fois
seul, au passage de la frontière iranienne, une formidable tempête de sable me
cloua sur place, au point de croire que j'allais y laisser mon moteur. Par deux
fois, ce maudit sable s'infiltrant partout, bloqua ce carburateur capricieux
rendant indispensable un démontage en pleine tourmente à l'abri d'une toile de
tente. Deux heures à tenir la toile qui ne manquait aucune occasion de s'envoler
au moindre passage de camionÉ
Arrivée à Téhéran, le froid remplace le vent violent,
le thermomètre n'en finissant plus de chuter, rendant la neige omniprésente.
Si bien que, si tôt rentré en Turquie (décidément, les zones frontalières
ne me sont pas favorables), le froid en arrive à devenir difficilement
supportable. Le carburateur de la machine ne se prive pas de givrer
copieusement, phénomène bien connu de certaines machines modernes, comme les
Ducati. Rouler devient difficile, très difficiele tant sur le plan mécanique que
physique. Dans la région d'Erzurum, les -33° sont atteints au plus fort de la
nuit. Il paraît que l'on a même vu des -40° en mars (j'ai de la chance !). Les
-25° de la journée paraissent ainsi bien cléments. Avouons-le, ce fut un moment
dur tant, givrage aidant, la machine copieusement engorgée d'essence perdait
sa souplesse légendaire. Autant dire que le passage de cols à plus de 2.300
mètres se négocia avec anxiété. Cela dit, excepté ce givrage, ma R12 grimpe
comme un chef et les chauffeurs de camions que je double en montant vers le
sommet n'en croient pas leurs yeux. Obligés de chaîner pour poursuivre leur ascencion,
ils voient un engin d'un autre âge rouler sans s'arrêter, sans équipements
spéciaux et passer toutes les embûches de la route. Nombreux furent ces
chauffeurs me proposer de mettre ma monture dans leur camion, pour m'aider à rejoindre
Istambul. Ils n'arrivaient pas à comprendre ce qui pouvait bien motiver
ce motard à se geler à ce point-là sur une moto pareille.

A Istambul, retour
sur notre bonne vieille Europe. La Grèce me donne l'occasion de
retrouvailles avec la pluie. Mais alors là , la
Big Pluie ! Des trombes d'eau ! Toutes les conditions atmosphériques auront donc
été du voyage ! Après cela, le reste ne fut que formalité. A Igoumenista, la
moto rejoint un ferry en direction de Brindisi, premier contact avec l'Italie.
Cap vers Naples, Rome, , Gènes puis arrivée en France. Nous sommes le 23 février
2000 !
Deux mois et demi, 13.000 kms pour une dépense de 7.000 frs par personne,
huit pays traversés, 1.000 litres d'essence, 19 litres d'huile (y compris les
quatre vidanges) et des milliers de gens rencontrés sur la route. Voilà en
quelques chiffres, le bilan de cette aventure, mais il y a plus important. Bien
plus que ceux-ci, ce sont toutes ces personnes qui figurent derrière ce voyage.
Depuis ceux qui nous ont permis de partir comme la société marseillaise SOBECA
grâce à qi nous avons pus embarquer et dédouaner la moto, sans oublier le BMW
Moto Club France qui nous a prété les 15.000 frs nécessaires à l'acquisition de
notre carnet de passage en douanes ainsi que Michel de Thomasson responsable
d'un contact efficace avec Mr Dossa, éminent spécialiste de véhicules anciens en
Inde. Voilà pour les principaux mais je voudrais également remercier tout ceux
qui nous ont encouragé avant de partir et congratulé à notre retour. Il me
revient en mémoire cette sortie chez notre ami Michel où j'avais exposé ce qui
n'était encore qu'un projet. La réaction enthousiaste des membres du BMW Moto
Club France nous avait regonflé à bloc, Jean-Pierre et moi-même. Finalement, la
réussite d'un projet est une alchimie très délicate. Et tous les éléments qui la
composent sont aussi importants les uns que les autres. Une bonne bande de
copains, ça transporte bien des montagnes !
Et que dire de l'accueil en tout
point exemplaire que nous avons reçu en Inde, au Népal, au Pakistan, en Iran ou
en TurquieÉ Comme nos sociétés occidentales sont
loin de cette simplicité et de cette spontanéité dans les rapports humains !
C'est là , la véritable leçon de ce voyage. Cette confrontation avec notre mode
de vie n'est certes pas à l'avantage de ce dernier. Plaise aux Dieux que cette
leçon nous soit profitable.
Le seul problème car il y en a bien un tout de même,
c'est qu'à l'issue de cette réussite, on n'a qu'une seule envie, celle de
retrouver cette ambiance si particulière du voyage au long cours. Quand on y a
goutté,.. c'est très dur d'y
renoncer, et quelques fois, même de retrouver notre
quotidien. Un certain sentiment d'une liberté
absolue retrouvée. Bon, posons nos valises, ceci est une autre histoire, je vous
tiens au courant !
Jean-Pierre, Bruno et Eric
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